Madame Jane MAILLAND

mardi 19 mars 2019

Cet hommage à Mme Jane MAILLAND, née ROGNON a été écrit en 1995, à l’occasion de ses 99 ans qu’elle fêtait le 23 août.
Madame Mailland - qui dirigeait un cours de danse - assura au Lycée Stéphane Gsell le remplacement d’un professeur d’éducation physique


A notre Grande DOYENNE


Chère Madame,

De très nombreuses générations de grand-mères, de mamans, d’enfants, de petits-enfants ont participé avec tant de joie à vos spectacles de fééries enchanteurs !
J’ai, connu Madame MAILLAND (née en 1896), en 1928, lors de mon inscription à son cours de danse.

Tous les jeudis, de 9heures à 10 heures, sur la scène du Conservatoire, nous nous retrouvions avec nos chaussons de toile, tournoyant, marchant en cadence, lançant nos jambes en futures « girls », arrondissant nos bras, aux accents d’un piano asthmatique, tenu par le fringant et talentueux M. LOUBIER.

Le mois de juin arrivait. Rassemblement au théâtre pour des répétitions générales.
Dans le foyer, derrière la scène un groupe de dames disciplinaient cette horde d’enfants pour leur entrée en scène, vérifiaient leur costume, veillaient à établir le silence.
Les pièces du puzzle se mettaient en place sans hésitation, avec une facilité et une rapidité étonnantes, en deux séquences : depuis les bambins de quatre ans jusqu’aux adolescentes. Tout ce petit monde répondait « présent » prêt à jouer son rôle avec une réelle application, heureux de jouer les vedettes. A une date fixée, les parents retiraient les costumes chez Madame BONJEAN, rue d’Alsace-Lorraine.

Ces costumes, d’une ingéniosité remarquable, étaient confectionnés – de mon temps – dans du papier crépon fort solide, les coiffures très originales et les accessoires découpés dans du carton.
Nos mamans fournissaient un maillot de couleurs différentes et les chaussons de danse adaptés à la couleur des costumes.
A la joie de se travestir s’ajoutait le plaisir du fruit défendu – être fardée à outrance, pour mieux resplendir sous l’éclairage de la scène.

Dans la salle, les familles accompagnées de proches parents, d’amis, cherchaient, curieux, impatients et très fiers, désignaient du doigt leur progéniture enfin repérée : merveille des merveilles à leurs yeux, bourrée de grâce et de talent souvent maladroit.

En 1930, quelques vedettes enfants firent leur apparition : une minuscule danseuse étoile en tutu rose nous éblouit en dansant sur les pointes un extrait du ballet de FAUST.
Une grande première pour nous, danseuses dites fantaisistes ! Adrienne NAVA – digne descendante de ses parents – propriétaire du célèbre cirque – exécutant un numéro d’acrobaties. Nous bavions d’envie et d’admiration.
Le dernier gala auquel j’ai participé se situe en 1930.

C’était l’histoire de la Princesse BLANDINE, l’enfant désobéissante perdue dans la forêt, piquée par la Reine des Abeilles et ne pouvant retrouver ses parents qu’après un long voyage sur une tortue géante, sans jamais regarder en arrière, malgré les embûches semées sur son chemin.
Notre héroïne se retrouve dans tous les Pays du Monde – la Chine et ses mandarins, le Japon ses pagodes et ses mousmées, l’Inde et ses bayadères, l’Afrique et ses danseuses noires.
Le spectacle, les changements de costumes, tout se déroulait sans bruit, sans bousculade, sans perte de temps, avec entrain, pour plus d’une centaine d’enfants.

A mon arrivée au lycée, j’ai dû abandonner, à mon regret, mes cours de danse, pour retrouver, à la rentrée en sixième, toutes mes compagnes de la Ruche.
Avec joie, j’ai parfois retrouvé Madame MAILLAND au lycée où elle assurait le remplacement d’un professeur de gymnastique en congé.

Autour de 1935-36, le Conservatoire salua l’arrivée de notre « Shirley Temple », Annette MEUNIER : violoniste, danseuse étoile en herbe, avec des dispositions certaines, qu’une mère ambitieuse poussait à devenir un enfant prodige. Notre Annette a quitté ORAN pour y revenir plusieurs années plus tard et y donner un récital au Colisée, sous le nom d’Anne NEVADA – une salle pleine à craquer – tout le monde voulant juger des progrès et applaudir notre ballerine.
Programme hispanique de danses typiques à chaque province espagnole, alternées avec des pièces de piano exécutées par un grand pianiste de talent dont j’ai oublié le nom.
Je n’ai pas été déçue par la qualité du programme, par la nouvelle personnalité de notre ballerine, avec ses costumes élégants, pleins de grâce et de fidélité pour chacune de ces contrées. Elle semblait surgir de ces merveilleuses tapisseries de Goya.

Après la guerre, fidèle à mes merveilleux souvenirs d’artiste en herbe, j’ai souvent assisté aux « Galas de l’Enfance » qui avaient pris une telle ampleur qu’il y avait désormais deux équipes qui interprétaient, une semaine chacune, le même spectacle pour satisfaire parents, amis, spectateurs.

Madame MAILLAND et sa grande amie, Melle MEDOUSA, Directrice de la Danse de l’Opéra ont formé une merveilleuse équipe qui, par son talent, a enchanté nos soirées théâtrales jusqu’à notre départ d’Algérie… pour remonter une école de Danse à CAGNES/MER que Madame MAILLAND, infatigable, a dirigée jusqu’à quatre-vingts ans.

Chère Madame, avec tous ces souvenirs heureux, recevez, de nous toutes, nos Vœux affectueux d’un doux anniversaire, entourée de votre fille Odette, de vos petits-enfants et sans doute de vos arrière-petits-enfants
Avec toute notre affection.

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Yvette BEAUD-GILLE
(1995)


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