Marcel Victory (1943-2019)

vendredi 24 mai 2019

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(Oran 14/11/1943 - Lésigny 19/05/2019)

(Photo prise à Pelail (09) en 1990)







Marcel mon jeune frère nous a quittés précipitamment comme s’il avait voulu écourter notre insupportable douleur. Depuis peu, on le savait gravement malade et sa maladie incurable, mais pas au point de partir si vite.

Je reconnais bien là mon petit frère, sa discrétion habituelle, son dévouement aux siens, son amour du prochain. On ne le voyait jamais se mettre en avant ou monopoliser la parole, il se contentait d’écouter attentivement les autres. De grande taille, il ressemblait à notre père et comme lui, lorsqu’il écartait ses grands bras ou fronçait ses sourcils épais, il n’exprimait pas de la colère mais bien au contraire, c’était sa façon à lui de contenir et de cacher sa grande sensibilité à fleur de peau, la passion sans limite qu’il avait pour les animaux petits ou grands …mais aussi sa compassion naturelle pour les faibles et les malheureux.

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Nous avons été depuis l’enfance très proches l’un de l’autre et je me souviens très bien des joies et des peines que nous avons ensemble vécues ! Nous avons été l’objet de toute l’attention de notre chère Maman qui, parce qu’elle avait elle-même perdu plusieurs enfants en bas-âge, nous couvait de son amour peut-être parfois excessif. Il est vrai qu’on faillit le perdre dès l’âge de deux ans, victime d’une dysenterie amibienne qui avait emporté nos aînés et que seul l’amour de Tante Fifine et de son époux Marcel, son parrain, dont il hérita du prénom lui permirent avec le secours d’un médecin d’Oran de rester en vie. Je le revois encore à la ferme, fortement tenu sur les genoux d’un adulte, criant de toutes ses forces, le front couvert de sang et entaillé à la lame de rasoir par une guérisseuse arabe qui promettait de le guérir ! Sur les plaies saignantes, la vieille femme avait déposé un emplâtre de boue réalisé avec de la terre provenant d’un marabout et des herbes au pouvoir - disait-elle - magique et qu’elle avait fortement comprimé avec un linge blanc où perçait une belle tâche rouge de sang, ce qui donnait à notre pauvre petit Marcel l’air d’un kamikaze japonais ! Il porta d’ailleurs toute sa vie ces traces indélébiles sur le haut du visage. On avait tout essayé pour le sauver.

Enfant, Marcel souhaitait toujours être associé à mes jeux ou sorties et que nos quatre ans de différence ne permettaient pas toujours de concilier sans heurt ! Volontiers taquin alors, il recherchait à s’opposer et pas seulement à moi ! Puis vinrent des événements qui nous cueillirent bien jeunes brutalement comme la mort soudaine de notre père qu’il adorait et à qui il ressemblait beaucoup au moins physiquement - il n’avait alors que 11 ans - et plus tard mon départ au service militaire en pleine guerre d’Algérie -, où il resta le compagnon de Maman pendant ces mois difficiles où elle devait se trouver seule et bien désemparée. Il la suivit pendant l’exode et lui tint compagnie jusqu’à son mariage.
Par la suite la vie nous a séparés géographiquement mais nous étions toujours très proches par la pensée et l’écriture. Cette écriture régulière, reconnaissable entre mille et qui me donnait de manière régulière et exhaustive des nouvelles de toute sa petite famille.

Plus récemment, je n’oublierai jamais notre escapade en Espagne où il m’avait demandé de l’accompagner pour régler quelque affaire qui le tracassait. Nous passâmes une petite semaine, seuls tous les deux dans cet appartement de Torrevieja où il se plaisait tant ! C’est là que j’ai retrouvé mon petit frère, Cololo, comme l’appelaient le brave Tanico et Marie Valéro, de bons vieux amis de nos parents, son goût des choses bien faites, son application dans le rangement et sa minutie en tout … son bon appétit aussi ! Nous avons ensemble ri et pleuré, nous racontant des histoires que nous avions vécues et oubliées ! Je le revois secoué par ce rire reconnaissable entre tous…, son humour toujours bienveillant…, sa dégaine d’échassier aux ailes trop grandes, se frottant les mains les coudes écartés comme pleinement satisfait de ce qu’il venait d’entendre ou qu’il s’apprêtait à faire…Je savais que j’avais beaucoup compté pour lui. Il me manquera tout autant !

Pars en paix, petit frère, tu laisses une belle famille que tu as aimée et qui te l’a bien rendu. Il suffisait de prononcer le prénom de tes enfants ou petits-enfants pour que ton visage s’éclaire et rayonne de joie !
L’heure est venue de nous dire Adieu petit frère ! Tu vas retrouver tous les nôtres qui t’ont aimé. Repose en paix.


Jean-Paul VICTORY (24 mai 2019)


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