Historique du Lycée

samedi 2 février 2013

En 1877, la Ville d’ORAN comptant environ 50 000 habitants, s’élançait du quartier de la Marine pour escalader le plateau de Karguentah. Le boulevard Séguin existait déjà avec quelques maisons. Les boulevards du 2ème Zouaves et de Sébastopol allaient s’ouvrir et, entre ces avenues, quelques bâtisses s’élevaient. mais, au-delà, et jusqu’au Village Nègre, encore peu peuplé et parsemé de terrains vagues, c’était le désert. Là, en bordure du boulevard Sébastopol, en retrait de la ville, dans le calme des champs, les Jésuites construisirent la maison qui nous réjouit aujourd’hui. Sur la pente abrupte conduisant au plateau du Village Nègre, ils établirent deux paliers : au centre, une vaste bâtisse rectiligne surmontée de deux belles terrasses que séparait un dôme gracieux aujourd’hui disparu. Aux extrémités Nord, deux ailes, indépendantes du bâtiment central, formaient l’une, la Chapelle, l’autre, des salles d’Internat. Ces constructions encadraient une vaste cour surplombant d’assez haut, le boulevard Sébastopol et où nous sommes présentement. Au Sud, séparé du bâtiment central par une large tranchée et sur un plan nettement supérieur, s’allongeait le jardin.

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En 1880, les Jésuites partaient et quelque temps après, le collège des garçons s’installait dans ces murs. Il ne devait pas y rester longtemps. L’afflux des élèves nécessitait la création d’un lycée, et en 1887, les garçons quittaient cette demeure pour occuper leur actuel logis. Il existait alors, au coin du boulevard Charlemagne et de la rue Irénée, un petit, tout petit cours secondaire de Jeunes Filles. Mais des génies bienfaisants travaillaient à le transformer en collège. A ce résultat, le Maire, Floréal MATHIEU, s’employa de toutes ses forces. Malgré le nombre minuscule des élèves, il réussit à installer ici un Collège de Jeunes Filles. Louées soient sa foi et son audace. Il fallait une hardiesse pleine d’espérance pour oser loger dans cette grande maison, le total astronomique de 21 élèves. Qu’elle qu’ait pu être la confiance de Floréal MATHIEU dans l’avenir de sa cité, je doute qu’il ait pu imaginer qu’un jour ses arrière-petites-filles passeraient dans cette maison, mais devenue par l’excès des élèves affreusement étriquée, gênée dans toutes ses entournures.

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Voilà donc le Collège de jeunes filles ouvert avec 21 élèves. Les années passent. La Ville d’ORAN s’accroît sans arrêt et le Collège suit vaillamment la progression de la cité, tant et si bien qu’en 1909, la transformation en lycée était décidée. Avant ALGER, la capitale, ORAN possédait un lycée de Jeunes Filles. Votre lycée, chères élèves, fut le premier lycée de Jeunes Filles d’Algérie. - Pourquoi faut-il, mon Lycée, que cet honneur t’ait fait perdre la tête ? C’est ta fête aujourd’hui ; je ne devrais faire de toi que des éloges, et cependant, comme tu t’es mal conduit à cette époque ! Tu possédais un jardin, une grande allée de grands ormes, des caroubiers, des figuiers. Les rosiers grimpants escaladaient toutes sortes de supports ; les roses trémières nous regardaient du haut de leur grande taille, mais surtout fleurissaient ces masses énormes de plombago qui tombaient des hauteurs du jardin sur la longue cour-tranchée, tapissant la muraille de terre de hautes tentures de fleurs bleues. O mon lycée, qu’as-tu fait de ta parure ? Comme tu as su t’enlaidir ! Entre ton enclos et les casernes existaient des terrains vagues que tu pouvais annexer. Mais tu t’es laissé dépouiller et pendant que Mme MAIGRON qui était alors Mlle LANGLOIS nous expliquait "Ecoute, bûcheron, arrête un peu le bras ... ", nous regardions tomber les uns après les autres, par les fenêtres de nos classes, les ormes géants.

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Mais dans sa vie ardente, le lycée a vite oublié cette bévue ; il piaffe d’impatience, il bouscule les projets et, fidèle à la tradition de l’ancien collège, le jeune lycée gonfle sans arrêt. Ce qu’il est aujourd’hui, ce qu’il serait si la place ne lui faisait défaut, Mme la Directrice pourrait vous le dire. Dans sa vie passée, de nombreuses directrices ont fait bénéficier cette maison de leurs qualités variées, de leurs différentes tournures d’esprit. Je m’excuse de n’en citer que deux : d’abord Mme FUCHS, femme de cœur qui pendant 25 ans, mit toute sa conscience, sa valeur professionnelle au service du Collège. Nombreuses sont celles qui se souviennent avec gratitude et émotion de sa vigilance, de son goût profond du sérieux, du soin assidu avec lequel pendant 25 ans, tenant les rênes de cette maison, elle s’est penchée sur toutes les élèves. Débutant en 1889 comme directrice d’un collège d’une centaine de Jeunes Filles, elle laissait en 1913 un lycée de 600 élèves. Puis, je citerai Mlle Le Bœuf. C’est peu dire qu’elle aimait ce lycée ; ce lycée, c’était elle-même. Sa conception élevée de la vie imprégnait tout ce qu’elle faisait d’une dignité à laquelle aucune de nous ne demeurait insensible. Si toutes les directrices ont contribué à l’enrichissement de la Bibliothèque des professeurs, trésor de ce lycée, Mlle Le BŒUF s’y est particulièrement attachée. Ame sincère et généreuse, sa place, à côté de celle de Mme FUCHS, serait ici aujourd’hui. C’est sur vos épaules, Mme la Directrice, que repose maintenant ce fardeau. Votre jeune sourire saura vaincre bien des difficultés. Nous savons déjà que, bon timonier, vos mains, expertes avant l’heure, sauront tenir fermement dans la bonne route, ce lourd gouvernail.

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En même temps que des Chefs dirigeaient ce Lycée, des médecins veillaient sur la santé des corps. Je ne puis citer tous ceux qui ont concouru à l’équilibre sanitaire de notre groupe. Dans l’ancien collège, nous vîmes souvent venir ici le Docteur Jules GASSER que la santé physique n’était pas seule à préoccuper. La première nomination officielle fut celle du Docteur Mme ABADIE qui vient presque chaque jour tâter le pouls du lycée. Elle ne plaignait jamais sa peine, se donnait de tout son cœur à l’ouvrage et nous aimions la voir monter allègrement les degrés du jardin qui conduisent à l’infirmerie. Puis, nous eûmes le Docteur Paul GASSER. Le lycée l’avait accueilli avec joie et il avait su s’attirer l’estime et la reconnaissance de Mlle LE BŒUF, pourtant si difficile dans ses jugements, par sa science et sa conscience.
En marge du lycée, mais par lui et pour lui des groupes se formaient. Voilà déjà plus de quarante ans que sous la généreuse impulsion de Mme FUCLOS et de Mme BREGEAT naissait la Société des Anciennes Elèves. Tenant le flambeau du souvenir, cette société a beaucoup aidé et continue à aider les anciennes élèves matériellement et moralement. Oserai-je dire qu’elle a connu quelques intervalles de demi-sommeil ? Mais avec des longues périodes de grande activité, cette société a beaucoup travaillé et mérite bien des égards. Enfin, la toute jeune Société des Parents d’Elèves qui maintient plus direct le contact entre les familles et le lycée. Elle établit un large courant entre la ville et la classe et a déjà fait ses preuves sous la direction éclairée et élevée de Mme CHAPERON.

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Mais je serais bien coupable si je ne parlais pas enfin de l’essentiel : l’enseignement qui est donné ici. Professeurs, mes sœurs, nombreuses sont les anciennes élèves, professeurs comme vous, ou directrices, surveillantes, répétitrices, surveillantes générales. On a dit avec raison, que le lycée de Jeunes Filles d’ORAN était une pépinière de médecins, de pharmaciens, d’ingénieurs, d’avocats. Telle d’entre nous est auteur, telle autre est sortie brillamment de l’Ecole des Chartes. Mais je dirai avec plus de raison encore que cette maison a été de tous temps une pépinière de mères de famille admirables et j’en connais beaucoup. Dans le collège de mon enfance, le travail, la famille, la patrie était justement et spontanément honorés.
Professeurs, institutrices, mes sœurs, par vous se maintient ici une flamme spirituelle qui répand sur le peuple enfant ou adolescent de ce lycée, la notion de la grandeur humaine. Nos anciennes élèves veillent sur leurs foyers ou sur des chiffres, des commerces. Quelques-unes ont un métier qui les accapare et leur laisse peu de loisirs pour méditer sur les grands horizons. mais de leur passage ici, beaucoup gardent un reflet de la vie supérieure de l’esprit : "ne fut-ce qu’un instant, elles ont vu le chœur des Muses". Le parfum que dégage notre belle littérature française et que nous apprenons à respirer ici, ne s’évanouit jamais tout à fait. J’en connais qui se replongent avec délices dans ces enchantements de l’esprit en recommençant leurs études avec leurs enfants.
Et voilà qu’à 55 ans d’âge, il prend fantaisie à ce cher Lycée de se faire baptiser. S’il a tant attendu, c’est qu’il voulait s’appeler Stéphane GSELL. Pour nous, tu étais le lycée. Oh, nous avions bien entendu dire qu’il en existait d’autres, mais si pâles, si lointains, en somme peu intéressants, tandis que le nôtre était coloré, rayonnant, exaltant.
Nous disions : le lycée. Désormais, tu seras le lycée Stéphane GSELL.
M. LESCHI * vous parlera de ce noble parrain. Je crois que Stéphane GSELL n’a pas à se plaindre du filleul qu’on lui a donné.


* Louis LESCHI, maître de conférence, titulaire de la chaire d’Antiquités de l’Afrique à la Faculté des Lettres d’Alger, de 1932 à 1954.


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Je ne connais pas le nom de l’auteur de cette allocution, mais je pense qu’elle a été prononcée en 1942, lors du baptême du lycée.
Le Lycée Stéphane Gsell fut le premier Lycée de Jeunes filles créé en Algérie. Avant Alger, la capitale, Oran avait son lycée.
Oui, chères compagnes, nous avons été les premières lycéennes d’Outre-Mer

Arlette IZARD-BONNIFACY (Montpellier 1984)


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