Jean-Pierre Santini (1932-2016)

vendredi 2 septembre 2016

JPEG - 44 ko

Je ne le connaissais que depuis peu - avril 1991 - au moment de la création d’ALLO (association des Anciens du Lycée Lamoricière d’Oran). Très vite il s’était senti obligé de participer et de nous aider. C’était pour lui, je pense, qui n’avait pas longtemps fréquenté l’école, sa façon de lui porter le plus grand respect. Je sus par la suite qu’il avait fréquenté l’école primaire qui était de tous temps rattachée au lycée Lamoricière et que dirigea par la suite M.Strullu. Il en avait gardé une réelle nostalgie et admirait tout ce qui pouvait lui rappeler le Lycée.

C’est surtout à partir de 2001 que nous avons travaillé ensemble à la construction et au développement de notre Amicale. Nous nous téléphonions presque chaque jour et c’est là que j’ai apprécié son grand talent d’administrateur et surtout son grand cœur. Sous une apparence bourrue se cachait un homme sensible, très sensible. Lorsqu’il vous faisait don de son amitié, c’était pour toujours. Juste, loyal et généreux, particulièrement fidèle à la parole donnée, notre cher et regretté ami était curieux des autres, au bon sens du terme, et toujours prêt à leur venir en aide.
Son amour pour l’Algérie française ne se démentit jamais. Il avait tout lu sur le sujet et poussait même ses exigences à ne plus boire ou servir à table de l’eau d’Evian, ce qui m’avait fait sourire ! Mais dans ce domaine, il ne transigeait pas et il avait raison.
Jean-Pierre, comme de nombreux compatriotes, aimait la fête, la mâle camaraderie, les réunions de famille. Conduire ne lui faisait pas peur. Faire des centaines de kilomètres pour se rendre de Perpignan à Arcachon en une journée et revenir la voiture pleine de bourriches d’huîtres pour régaler ses copains, mettre la main à une gigantesque et savoureuse paella, la bouteille d’anisette jamais trop loin et à portée de main, était pour lui sa passion pour la vie, sa famille et ses amis qu’il aimait réunir en toutes occasions.
Je n’oublierai jamais cet homme d’honneur, discret et au moral d’acier, c’était un vrai « centurion ». Les cheveux et la moustache entièrement blancs et abondants, un corps svelte et élégant, souvent vêtu de blanc ou de noir lui donnaient l’air d’un seigneur rassurant et c’est souvent que je le comparais au « Guépard » de Luchino Visconti !

Il disparaît sans bruit à 83 ans, comme s’il n’avait pas voulu une fois de plus déranger…
Va, cher et noble ami, repose en paix, nous ne t’oublierons jamais.
Ta chère épouse Josiane que j’appelais affectueusement « Camallonga » (ce qui te faisait à chaque fois sourire), tes enfants, petits enfants et amis de la Sépia 66 tiennent aussi à te remercier pour tout ce que tu étais. Ecoutons-les :

Henry-Jean SANTINI, son fils  :
« Né à Oran, le 27 décembre 1932, il y grandit et ayant quitté l’école assez tôt, il travaille avec son père (Louis) et son frère (Yvan) dans le commerce des vins et spiritueux. Il se marie avec Josiane Casanova et, le 9 juin 1960, naît son premier enfant (Henry-Jean).
Puis les événements dramatiques que l’on connaît poussent la famille à partir en Espagne en 1962. Elle s’installe à Valencia où ma sœur (Anne) naît quelques mois plus tard en mars 1963. Nous y resterons 14 ans. C’est dans cette grande ville espagnole qu’il monte la première discothèque, puis fait de l’import-export d’agrumes, rachète un bar et enfin décide de changer de métier en prenant la représentation de jouets en peluche qu’il vend en France. C’est ce qui posse la famille à rentrer en Métropole définitivement en 1976 et à s’installer à Perpignan qu’il ne quittera plus.
Il travaillera dans le métier du jouet jusqu’à la retraite. Ce temps libre que lui laisse la retraite, il le consacre à s’occuper des thèmes chers à son cœur que sont les Rapatriés et les Harkis comme l’avait fait avant lui son frère Yvan à Toulouse. »

JPEG - 50.2 ko

Ses petits - enfants , le jour des obsèques :
A notre grand-père auquel ce texte rend hommage. Ces quelques lignes sont le reflet des souvenirs que l’on conservera de toi.
C’était un pédagogue hors pair. L’on se souvient encore de ses yeux noirs se posant sur nous lorsque nous n’arrivions pas à retenir la table de 7, notre ennemi juré à 9 ans. Son regard, son arme fatale. Je crois qu’il n’y avait pas de méthode plus efficace pour faire entrer quelque chose dans la tête de quelqu’un. Un regard qui en disait long. Mais sous son air autoritaire et dur se cachait quelqu’un de tendre et de profondément patient avec ceux qu’il aimait.
C’était un maladroit ! Vous ne pouvez imaginer le nombre de verres renversés, de chemises tachées et de nappes à jeter qu’il y a eu ! Ses maladresses s’accompagnaient de son « HOP LA ! », c’était incontournable. Vous pouviez savoir que c’était lui qui avait fait une maladresse, sans être dans la même pièce.
Il avait le sens de l’amitié, de la loyauté et de la famille. Il n’avait pas d’hésitations lorsqu’il s’agissait d’aider ses proches qui étaient dans le besoin et voir s’il pouvait faire quelque chose pour eux. Il aimait par-dessus tout organiser des dîners et des apéritifs, surtout l’été, à la maison. Ne vous y trompez pas, c’était un prétexte pour boire des 51 et manger une paëlla. Mais ces soirées avaient une saveur très particulière et nous adorions y assister.
En parlant de paëlla, j’ajoute que c’était un fin cuisinier ! Attention, je ne parle pas du quotidien. On pourrait se poser la question encore aujourd’hui : « Sait-il faire cuire un œuf ? ». Non je parle de ses paëllas qu’il adorait cuisiner avec amour. Je pense d’ailleurs qu’il s’est empressé, dès qu’il est arrivé dans sa nouvelle demeure, de réunir toute la famille et les amis pour leur cuisiner ce plat qui devait tant leur manquer à eux aussi.
Il n’était pas machiste…Ah excusez-moi, je crois que je me suis trompé de ligne. D’aucuns savent qu’être légèrement macho est inscrit dans le patrimoine pied-noir. De toute évidence cela ne l’a pas empêché de prendre soin de notre grand-mère et de l’aimer, comme personne, jusque dans les derniers moments.
Enfin c’était un passionné ! L’on ne peut pas ne pas évoquer les heures entières qu’il a passées à nous conter l’Histoire de l’indépendance de l’Algérie, son histoire. Il était très impliqué émotionnellement et c’était une partie de lui-même. Il se faisait un devoir de prolonger cette mémoire, sans amertume vis-à-vis du passé.
Lors des rassemblements nous pouvions l’entendre entonner un chant avec ses camarades de mémoire. Un chant fédérateur, qu’il nous a paru important d’entonner à notre tour, tant ce pan de sa vie faisait partie intégrante de lui. »

Ses amis de la SEPIA 66  :
Mon Cher Jean-Pierre,
En tant que Calamar de la Sépia 66, je suis très en colère ! Tu sais que notre Association de pieds-noirs est très formaliste et tout départ du Club doit faire l’objet d’une demande écrite avec un préavis de 6 mois !....
« 6 mois », tu aurais pu nous les donner et, comme ça, on aurait eu le temps de t’obliger à écrire tes mémoires ; écrire tes mémoires et surtout, surtout : laisser à ta famille la recette de la paella de Valencia !
Mais voilà, tu as choisi d’être le premier à quitter notre association, nous qui savons, d’une manière tellement aiguë que nous sommes les « derniers des Mohicans »…
Nous quitter ainsi, sans finir ton travail de mémoire, tu ne manques pas de souffle, ce qui est étonnant d’ailleurs pour quelqu’un qui se balade depuis 60 ans avec un seul poumon !
Cet unique poumon te servait de prétexte pour n’avoir jamais, paraît-il, fait 5mn de sport dans ta vie ! Alors, c’était quoi le secret de cette forme olympique que, à 83 ans tu affichais constamment avec une rare élégance ?... Ca aussi, tu es parti sans nous le dire !
Tu es le premier à partir comme tu as été souvent le premier dans tant de domaines : dans les premiers à t’engager pour notre Algérie Française, et j’en profite pour rappeler que ce choix n’était pas un choix politique mais un choix affectif car l’Algérie, c’est aussi notre terre comme le reconnaissent aujourd’hui de nombreux algériens, « algériens » que nous étions nous-mêmes !
Tu as été ensuite parmi les premiers à aider ceux qui s’étaient battus pour nous à s’exiler en Espagne. Du coup, tu as été dans les premiers à promouvoir la ville de Valence à une époque où le tourisme n’existait pas encore ! Premier encore à y implanter une discothèque !
Et puis, la vie « normale » a repris ses droits. Et longtemps avant ces petits jeunes qui, aujourd’hui sortent des écoles de commerce pour aller conquérir le monde, longtemps avant eux, et sans bagage universitaire, tu as parcouru le monde pour acheter des jouets dont tu assurais la redistribution en France et en Europe. Comme tu as toujours été très discret sur ta vie incroyable, peu d’entre nous ont su avant ton décès que tu fus aussi l’un des premiers à sentir le marché du jouet en créant, à Perpignan, l’entreprise « Inter-Jouet » qui travaillait en exclusivité avec les plus grandes marques dont le célèbre lapin qu’on voyait dans la pub Duracell : la pile, c’était Tapie, le lapin, c’était toi et c’est quand même plus drôle !
Plus encore, tu as été dans les premiers à défendre inlassablement les pieds-noirs et les harkis, nos frères d’armes et frères d’âme.
Très vite, tu as rejoint le Cercle Algérianiste pour défendre notre culture et lorsqu’enfin la Sépia 66 s’est créée il y a seulement 2 ans, tu as été dans les premiers à nous rejoindre.
Et là, au sein de notre Association à laquelle tu vas terriblement manquer, tu étais le premier à donner un coup de main pour les grands événements comme la Sépia nationale que nous avons organisée l’an dernier. Ton sens de l’amitié était tellement fort que partoutt où tu passais, c’est toi qui jouais le rôle d’organisateur des festivités : comme avec les boulistes de Saint-Mathieu ou avec tes voisins des Sénioriales.
D’ailleurs, lorsque nous nous sommes réunis la dernière fois, il y a à peine 15 jours, c’est encore toi qui t’es porté volontaire pour organiser la Sépia de juillet. Je te dirais bien qu’on la fera quand même, rien que pour parler de toi mais, excuse-moi, mon frère, je crois qu’on n’en sera pas capable…
Et tu vois, Cher Jean-Pierre, je redeviens triste ; alors je me tais et je vais passer la parole à l’avenir, c’est-à-dire, à tes petits-enfants ; il y a à peine 2 mois, tu assistais à notre première « Sépia des fils ». Aujourd’hui, grâce à toi, si j’ose dire, voilà que nous organisons déjà une « Sépia des petits-fils » !
Merci Jean-Pierre, nous ne t’oublierons pas !

JPEG - 74.4 ko

Jean-Paul VICTORY


Commentaires

Agenda

<<

2017

 

<<

Décembre

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
27282930123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois