Les Pieds-Noirs, l’épopée d’un peuple (Christophe Rouet)

vendredi 16 décembre 2016

Les événements d’Algérie, cette « sale guerre », rongent toujours la France comme une cicatrice mal refermée. Thèses d’université, livres de mémoires et de souvenirs, ouvrages militants... La guerre d’Algérie n’a pas fini de hanter la mémoire collective. Pourtant, et c’est bien le sens de cet ouvrage, le « peuple pied-noir » n’a jamais vraiment été étudié dans sa spécificité culturelle et sociologique en dehors de son lien historique avec la France. Le contenu de ces pages est un voyage à la recherche du « pied-noir perdu », d’une Algérie révolue, celle d’avant l’indépendance, l’ambiance des marchés de Bab El Oued, l’éclat des des bougainvilliers en fleurs qui sentent bon le passé. Un périple au coeur de l’Europe et de l’Algérie pour reconstituer un véritable puzzle mémoriel. Cette identité complexe qui, cinquante ans après l’exil, s’est mutée en un « régionalisme sans terre » qui n’est pas à négliger. À l’heure de la mondialisation et de l’Internet, la richesse et la visibilité de cette minorité est loin d’être anecdotique pour la communauté nationale. Elle est même une source de richesse. Or, communauté spécifique parfois méprisée, les pieds-noirs n’ont souvent été qu’un élément mineur dans le bras de fer opposant la France et les masses musulmanes qui formaient la majorité de ce que l’on a appelé, après la conquête de 1830, l’Algérie. Une indifférence qui se perpétue de nos jours à l’encontre de ces vaincus par l’Histoire. Peut-on dès lors reprocher à certaines familles pieds-noires le réflexe d’un certain repli identitaire ? Certes ils font rigoler, à l’image de la famille Hernandez ; l’accent de Robert Castel et de Marthe Villalonga amusent, comme hier l’accent auvergnat de Fernand Raynaud. Mais, basta ! Pour beaucoup de métropolitains, les pieds-noirs c’est « couscous, merguez et anisette », une vision forcément réductrice de leur culture multiforme. Trop pauvres, on les perçoit comme vulgaires, trop riches comme des profiteurs ; l’image du colon demeure. Ainsi Albert Camus écrivait : « À lire une certaine presse il semblerait que l’Algérie soit peuplée d’un million de colons à cravache et à cigare montés sur Cadillac. » Enfants spirituels de l’Afrique romaine, les Français d’Algérie vivront un des grands exodes du XXe siècle. Aujourd’hui implantés sur tout le territoire français, les pieds-noirs se rassemblent et se reconnaissent, origines multiples unis dans un destin commun, au sein d’associations importantes et actives.

Un ouvrage objectif, abondamment illustré, publié aux Editions de Borée.


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